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Communiqué de presse - Changement climatique et vie quotidienne en France : qui pourra vivre où, et à quelles conditions ?


La 5ᵉ vague de l'Observatoire des usages et représentations des territoires révèle une bascule majeure dans le rapport des Français au changement climatique. L'ObSoCo publie, en partenariat avec l'ADEME, Grand Paris Aménagement et RTE, les résultats de la 5ᵉ vague de son Observatoire des usages et représentations des territoires.
Mise à jour le 11/06/2026
Menée auprès de 4 000 personnes représentatives de la population française, cette enquête documente une bascule : les effets du changement climatique sont entrain de reconfigurer la vie quotidienne, la santé et les inégalités dans la diversité des territoires en France. Le climat n'est plus un enjeu abstrait, idéologique ou lointain : il est devenu un facteur concret pouvant entraîner un déclin de la santé et du bien-être, et susceptible de générer une vulnérabilité sociale, environnementale, voire une ségrégation territoriale. Et contrairement à ce que l'on pourrait croire parfois, les Français sont prêts à accepter des contraintes —à condition qu'elles améliorent réellement leur cade de vie.
La bascule : l'impact du changement climatique sur le quotidien, une question de santé, ici et maintenant
Avec 83 % des Français préoccupés par la situation environnementale, le consensus est massif. Mais l'étude révèle surtout que le changement climatique n’est plus perçu comme une menace lointaine : 65 % des répondants ont déjà observé une intensification des épisodes de forte chaleur là où ils vivent, 60 % constatent des sécheresses plus fréquentes, 53 % des tempêtes plus violentes , 51% des pluies intenses, crues et inondations … sans compter les 67% de ceux qui habitent en montagne qui constatent une baisse de l’enneigement et 37% de ceux qui résident en bord de mer qui, déjà , observent le retrait du trait de côte
Ces changements sont donc une réalité pour les Français avec des conséquences très concrètes : près d'un sur deux (48 %) déclare que le changement climatique affecte déjà son pouvoir d'achat, 42 % sa santé mentale et 37 % sa santé physique. Le lien entre environnement et santé est désormais clairement établi dans l'esprit des Français.
Face aux aléas climatiques, le logement devient le principal espace de repli : 55 % des Français déclarent par exemple rester chez eux en période de canicule car ils s'y sentent mieux qu'ailleurs. Mais cette stratégie d'adaptation révèle de profondes inégalités : près de trois logements sur dix (28 %) ne protègent pas correctement des fortes chaleurs , et 38 % de la population se déclare insatisfaite de la qualité technique de son habitation (isolation, qualité des matériau, vétusté…) —un chiffre en hausse de 4 points par rapport à 2023. Or, face à ces défauts, un Français sur trois subit la situation sans pouvoir agir.
La fracture : la double peine des plus modestes, les populations qui subissent le plus sont aussi celles qui peuvent le moins s'adapter
De fait, cette vulnérabilité du logement frappe d'abord les plus précaires. Parmi les personnes déclarant ne pas s'en sortir financièrement, 56 % jugent leur logement inadapté, contre 13 % de ceux qui vivent confortablement. Face aux canicules, 23 % des plus contraints financièrement déclarent ne se sentir bien nulle part —ni chez eux, ni à l'extérieur — contre6 % des plus aisés
Le cadre de vie pèse aussi deux fois plus sur la santé des plus modestes : 63 % des personnes en grande difficulté financière estiment que leur environnement a un impact négatif sur leur santé versus 26 % de ceux qui vivent confortablement
Cette vulnérabilité se double d'une impuissance à agir : 44 % des personnes en grande difficulté financière souhaiteraient déménager pour des raisons liées au climat ,is n'en ont pas les moyens (vs 11 % des plus aisés).
Le changement climatique n’est donc plus seulement un enjeu environnemental : il est devenu un facteur potentiel de discrimination sociale et territoriale
L'ouverture : une réelle disposition au changement ... sous condition
Dans ce contexte toutefois , l'enquête révèle une large adhésion aux mesures d'adaptation et d'atténuation . Les mesures d’adaptation liées à l’aménagement urbain recueillent une adhésion massive : 74% des Français approuvent le développement des haies et alignements d’arbres, 72% l’aménagement de jardins partagés et de forêts urbaines, 67% la désimperméabilisation des sols.
72 % des Français se disent prêts à accepter des contraintes personnelles si elles contribuent à lutter contre le changement climatique ou à améliorer la santé et la qualité de vie.
L’enquête a ainsi testé l’adhésion à huit mesures concrètes d’atténuation des effets du changement climatique, en recourant à un dispositif permettant de tester l’influence de l’argument santé sur l’adhésion aux mesures proposées. Un tiers de l’échantillon interrogé a té exposé aux mesures formulées sous l’angle climatique, un deuxième tiers sous l’angle santé/qualité de vie, et un troisième a bénéficié d’arguments santé explicites associés à chaque mesure.
Les mesures recueillant les plus forts taux d’adhésion concernent notamment l’économie des ressources : la limitation de l’artificialisation des sols et des constructions neuves (72 à 80 % selon la formulation), la restriction de certains usages de l’eau en période de sécheresse (68 à 77 %) ou l’interdiction de location des passoires thermiques (63 à 65 %). Le déploiement de radars anti -bruit recueille quant à lui entre 62 et 67% d’opinions favorables.
Les mesures plus clivantes sont en revanche celles qui ont un impact plus immédiat et concret sur le quotidien : l’interdiction des nouvelles chaudières à gaz (37 à 54%d’adhésion), la généralisation du 30km/h en centre-ville (46 à 52 %) et l’interdiction de l ’accès des véhicules polluants aux centres des agglomérations — ZFE (46 à 48 %).
L’enseignement majeur de l’enquête est que l’ajout d’un argument santé explicite dans la présentation des mesures peut considérablement en renforcer l’acceptabilité . L’effet est spectaculaire pour l’interdiction des chaudières à gaz (+17points d’adhésion lorsqu’on associe la mesure à la réduction des polluants de l ’air nocifs pour la santé), notable pour la limitation de l ’artificialisation (+8points) ou pour la limitation de vitesse à 30km/h en centre-ville (+6 points)et plus modeste concernant l’interdiction de location des passoires thermiques (+ 2 points). L’argument santé apparaît ainsi comme un pont possible vers les publics moins convaincus par le seul argument climatique.
Ce que refusent les Français, ce ne sont pas les efforts en tant que tels, mais l'injustice, l'inefficacité et les mesures décidées sans consultation. À l'inverse, les transformations perçues comme utiles, équitables et bénéfiques pour le cadre de vie recueillent une large adhésion. Les conditions sont claires : que les bénéfices soient régulièrement évalués (29 %), que les mesures soient accompagnées d 'aies financières (29 %) et qu'elles soient équitables socialement (26 %).
Au total, l'étude identifie trois grandes postures face au changement climatique : 32 % de Français "prêts" à s'engager dans des transformations significatives, 43 % de "réceptifs" ouverts au changement selon les conditions proposées, et 25 % d'"indifférents". Soit trois Français sur quatre disposés à avancer.
Cette étude interroge: face aux impacts du changement climatique, qui pourra vivre où, et dans quelles conditions ? C'est une question d'aménagement du territoire, de logement, de santé publique et de justice sociale. Le débat sur un supposé "retour de bâton" (le fameux «backlash») écologique passe ainsi à côté de l'essentiel : les Français ne sont pas devenus indifférents ou même climato-sceptiques, ils demandent des politiques qui tiennent compte de leurs conditions de vie réelles. L'adhésion est là, massive. Ce qui manque, c'est la confiance dans l'équité et l'efficacité des mesures proposées.
Ressources disponibles
Changement climatique et vie quotidienne en France : qui pourra vivre où, et à quelles conditions ?
- Communiqué de presse au format pdf
- Observatoire des usages et représentations des territoires - Rapport d'analyse